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Vincent Edin : On peut s'installer s'il vous plaît ?

Sophie Cluzel : De la théorie à la pratique, nous allons entrer dans le vif du sujet, sur le parcours des 14–25 ans, nous avons choisi volontairement 14, et non pas 16. Vous comprendrez en regardant les chiffres entre le collège et le lycée, tout simplement : 65 000 collégiens handicapés, 16 000 lycéens handicapés. Vous voyez bien qu'il faut travailler ce chemin pour porter les collégiens jusqu'au lycée. D'autre part il y a une très grosse pression ressentie par les parents pour prendre leur décision d'orientation dès 14 ans, d'aller en IMPRO à partir de l'âge de 14 ans, puisque la fourchette d'âge en IMPRO c'est de 14 à 20 ans. Le projet d'orientation se travaille dès l'âge de 14 ans. Mais les enfants handicapés ont besoin de temps. Il faut leur donner du temps pour faire leur chemin. Cela ne peut pas toujours être rectiligne non plus. Il faut vraiment mailler le territoire en dispositif ULIS au lycée. C'est ce que nous allons voir cet après-midi. Avec des dispositifs qui fonctionnent. Nous serons dans les bonnes pratiques et dans l'optimisme cet après-midi.

Cela nous amènera peut-être à avoir une posture encore plus militante. Cet après-midi nous passons aux choses sérieuses, aux choses concrètes, pratiques et positives.

Vincent Edin : Ce qui ne signifie pas que ce matin nous avons fait des choses inutiles. On peut quand même déplorer l'absence des pouvoirs publics. Pour les intervenants, qui vont intervenir cet après-midi, il faudrait faire quelque chose de plus coloré. Quelque chose qui donne un peu envie. Pour commencer, Serge Thomazet.

Vous pourriez commencer par cette petite notion qui va nous occuper cet après-midi, cette notion un peu virtuelle mais néanmoins tangible que vous appelez le référent de parcours.

thomazetSerge Thomazet : Le référent de parcours... On a beaucoup discuté pendant la pause de midi de ce métier d'AVS, ou de ce que pourrait être ce métier si on le construisait. Un référent de parcours, c'est encore une autre aventure. Je disais à Gérard POUX, j'avais présenté ce projet du référent de parcours au dernier colloque mondial des sciences de l'éducation à Reims. Il y avait des Québécois qui disaient : «c'est bien vous les français. Vous avez des systèmes tellement compliqués que les parents ne comprennent rien, on est incapable de penser le parcours du gamin dans les méandres du système, et vous voulez encore le complexifier en y mettant encore une personne».

Soit il faut faire avec de l'existant, et beaucoup de bonne volonté, mais, reconnaissons-le, notre système n'est pas simple. D'un autre côté, une personne non plus, ce n'est pas simple. Et on a dit qu'il fallait prendre les individualités, que le handicap n'était pas une catégorie pertinente... Prendre en compte les singularités, aider les familles à construire le projet de vie. C'est vrai que de très nombreuses familles sont en difficulté pour connaître les ressources disponibles et pour trouver une solution pour leur enfant. Cette difficulté est même socialement très marquée.

On pourrait donc penser qu'il pourrait y avoir un métier de l'accompagnement : Référent de parcours.

Je vous propose déjà de reprendre le discours de Jean-Yves Hocquet au dernier congrès du médico-social des PEP. Il disait : «il y a des conditions de réussite du parcours – on peut les noter, puisqu'il faut être pratique – il faut être capable de concilier les différentes dimensions de la personne». «Force est de constater qu'il y a des fractionnements entre les différents secteurs et intervenants».

«Il faut articuler les différents niveaux de l'action administrative en conséquence». «Il faut être capable de construire le dialogue entre tous les partenaires, – s'ils sont là». Quelque chose qui va peut-être nous faire discuter, mais je partage assez son avis, «il faut un référent unique pour les personnes et les familles». Parce qu'on voit bien, il y a partout des référents. Et «il faut une liberté d'action». Cela aussi va nous faire discuter. Je suis dans l'enseignement supérieur, mais j'ai tendance à penser que si le référent de parcours était par exemple dans l'éducation nationale, il serait quelque part juge et parti.

Les compétences nécessaires : personnellement, j'en ai identifié certaines.

Il semble que ce métier nécessite de disposer de «principe d'actions». On parlait d'éthique ce matin. Il faut déjà avoir une éthique du métier. Il faut, par exemple, avoir présent à l'idée que le libre choix, c'est celui du jeune et de sa famille. Donc, il faut aider à l'émergence du libre choix, même s'il est très facile de prendre le pouvoir quand on a la connaissance. Ceci est un principe d'action pour moi. Connaître le terrain. C'est une autre compétence nécessaire. Connaître le terrain, ce n'est pas juste connaître l'existant, c'est aussi connaître les possibles. Une personne de Lozère qui m'a appelé car on lui propose une ULIS oui mais à 70 km de sa maison ... On va payer un taxi ? On mettrait partout des exemples comme cela. L'existant nous le voyons, les possibilités il y a en a peut-être d'autres à rechercher....

Identifier les besoins. Être capable d'être à l'écoute et de faire émerger un projet, de décoder les logiques psychosociales qui sont aussi en jeu dans les relations humaines. Il faut savoir construire un projet. Pour la plupart des enfants, le projet, c'est d'aller à l'école. Derrière ce projet vague, il faut bien identifier les besoins. Trouver des réponses. Cela est aussi très québécois, mais c'est aussi de passer d'une approche centrée sur les problèmes à approche centrée sur les solutions. C'est flagrant, quand on collabore avec des professionnels, on voit bien ceux qui s'arrête au problème, et ceux qui cherchent les réponses et les solutions.

Autre compétence fondamentale : opérationnaliser les réponses.

Ce métier est bien sûr de faire exister le projet, mais c'est surtout de le faire vivre. La difficulté n'est pas tant dans la conception du projet que dans sa réalisation et sa maintenance dans la durée, dans les échecs, les essais, les erreurs, les retours en arrière. Le droit à l'erreur parce qu'on est dans l'humain. Quelquefois on choisit une solution et elle ne va pas. Il faut pouvoir continuer à garder le cap, les objectifs. Et ce, de manière liée. Ce sera ma dernière compétence : le concert des projets sur le long terme.

Ce qui se décline en terme de formation.

Nous l'avons dit ce matin, se former à l'éthique. Il me semble que beaucoup de professions ont intégré l'éthique dans leur métier. Cela s'appelle une déontologie. Dans l'école nous n'avons pas trop cela. Mais on pourrait le construire, aussi pour les nouveaux métiers.

Le partenariat, cela s'apprend. Nous l'avons dit aussi ce matin. C'est un autre élément. Cela veut dire que des personnes se sont construites historiquement les unes contre les autres, des professionnels se sont positionnés les uns par rapport aux autres. Donc, les uns contre les autres. De fait, il faut qu'ils apprennent à travailler ensemble.

Travailler les relations interpersonnelles. Savoir décoder les enjeux. Savoir qu'effectivement, une famille qui vient et qui va être extrêmement agressive, peut-être, à certains moments, en réactions à des situations. Il faut réussir à décoder. De la même manière pour un professionnel, de la même manière pour un enfant.

La méthodologie de projet est nécessaire aussi. C'est quelque chose qui peut se construire en formation. Etre capable d'identifier le besoin des personnes, c'est un peu plus que de l'empathie.

Etre capable d'élaborer des réponses.

Nous ne sommes pas juste dans le – comment dire ? – dans la sensibilité et la capacité personnelle. Voilà pour une courte introduction.

Vincent Edin : Merci beaucoup, Serge. Cela permet de bien placer le cadre On voit que cela fait quand même beaucoup. Je n'ai pas évidemment la référence picturale qui me vient en tête, ce serait sans doute un personnage de Dali.

Patrice Fondin, Directeur du service HANDISUP à Nantes, est-ce que vous avez des personnages de Dali qui travaillent pour vous HANDISUP ?

fondinPatrice Fondin : Je ne sais pas ! Je vais parler d'une initiative de terrain qui est partie de notre pratique à Nantes. Vous avez dans le dossier des organigrammes tout à la fin.

Simplement pour vous préciser que le référentiel d'activités de ce métier de référent de parcours a été formalisé en 2005 par notre association. Suite à une expérimentation faite dans le cadre du dispositif emplois jeune. Chez nous, cette personne s'appelle «le chargé de projet», de scolarité ou d'enseignement supérieur. Mais le terme de référent de parcours nous irait très bien. Pourquoi est-ce qu'on a mis cela en place ? Simplement parce que les familles et les usagers nous remontaient que leur parcours était un vrai parcours d'obstacles, toujours subi par les familles. Nous avons eu quelques interventions ce matin. Cela renvoie un peu à l'idée de «dévoilement du handicap». C'est-à-dire que le handicap se découvre au fur et à mesure des obstacles auxquels la famille et l'usager seront confrontés. Pour que ces obstacles, ces difficultés soient moins difficiles à vivre pour les usagers, nous avons mis en place un système de référent de parcours pour qu'à chaque étape du parcours, un appui ressource, une médiation soit possible. Pour aller dans le détail mais sans tout vous décrire le référentiel - vous l'avez sous les yeux-, je citerai quelques-unes des activités de ces référents de parcours :

  • La première : c'est l'écoute active des usagers, mais également des lieux d'accueil, en mobilisant toutes les compétences, toutes les ressources de proximités qui vont venir contribuer à la réalisation du projet. Une fois qu'on a bien écouté, de manière active la demande, on passe dans une phase d'analyse et de conseil, où on est sûr de l'évaluation, de la formalisation de projet. De l'appui technique. À la fois du côté des familles comme du côté des lieux d'accueil.
  • Autre fonction de ces référents : être capable de former, de sensibiliser. Pas dans le cadre d'intervention collective, mais dans le cadre précis de l'accueil de telle ou telle personne sur tel ou tel lieu de vie.

Ces professionnels salariés de notre association ont également pour mission d'accompagner le parcours des jeunes. Toujours en coopération avec les familles. Par exemple comment est-ce qu'on peut faire de la médiation ? On est dans le réseau de compétences pour la mise en œuvre du projet qui a été travaillé. Si dans le cadre du parcours, il y a un besoin d'aide humaine pour que le jeune soit autonome dans ce parcours, il faut être capable de la mobiliser par les dispositifs adaptés - Éducation nationale ou autre- avec un mécanisme de réajustement du projet et du parcours à chaque étape. C'est-à-dire s'interroger sur comment se réalise dans la réalité le projet ? Comment le jeune évolue ? Le projet se reconfigure de manière permanente

La médiation est possible. Tel que conçu, le service est indépendant. C'est-à-dire qu'on n'est pas membre de la famille. On n'est pas l'usager qui demande à parcourir. Et, on n'est pas non plus salarié du lieu d'accueil. On est neutre par rapport à l'enjeu de la personne et par rapport à l'enjeu du lieu d'accueil. Et, du coup, on demande à nos salariés que la neutralité soit effective. Il ne s'agit pas seulement de revendiquer une place à l'école, une place dans tel ou dans tel lieu de vie. C'est de se mettre effectivement au service que le projet se réalise.

Nous avons parlé d'école de la république tout à l'heure, de compétence éthique. Notre démarche s'inscrit bien là-dedans.

Vincent Edin : Comme cet après-midi nous sommes là aussi pour propager ce qui fonctionne, pouvez-vous me donner 1 ou 2 chiffres ? Quelqu'un m'a parlé de 1000 étudiants placés pour HANDISUP ?

Patrice Fondin : Non, là vous êtes sur le nombre d'étudiants en situation de handicap qui ont concrétisé leur recherche d'emploi dans le cadre du dispositif actions pour l'emploi les étudiants handicapés encore financé jusqu'en juin par l'AGEPHIP.

Si je peux simplement donner des chiffres. L'association en Loire-Atlantique, accompagne les parcours de 450 familles des jeunes en situation de handicap, à la fois sur l'accès à l'école, l'accès au collège et au lycée, à l'enseignement supérieur, à la formation professionnelle ou au premier emploi. Egalement sur des problématiques de logement et de transport en fait toutes les problématiques qui peuvent se poser. Nous n'avons que très exceptionnellement un blocage quant à la validation des projets des familles qui nous sollicitent.

Vincent Edin : Si vous dites très exceptionnellement, c'est que c'est marginal.

Patrice Fondin : Voilà, c'est marginal. Mais cela existe toujours.

Vincent Edin : Qu'est-ce que ça vous inspire, Serge, ce qui vient d'être explicité par Patrice FONDIN ?

Serge Thomazet : J'ai l'impression que cela recouvre bien les catégories dont je parlais tout à l'heure. En plus, c'est quelque chose qui s'élabore en marchant. Nous n'avons pas un modèle. Ce qui est certain, c'est que nous sommes bien dans une rupture des logiques qui existaient peut-être à l'époque, d'hyper expertise. Nous sommes plutôt là pour faire du lien. Pour essayer de comprendre les systèmes de mettre en réseau, en synergie, d'articuler.

Vincent Edin : Mais sans hyper expertise, ce n'est pas non plus une HYPO expertise.

Serge Thomazet : En terme académique, en France et maintenant partout en Europe, on fonctionne dans une logique «Licence–Master–Doctorat». Pour moi c'est plutôt une logique de Master. À bac+5, qui permet à des personnes d'être concepteur de dispositifs. C'est ce genre de niveau de formation que je vois. Après, laissez-moi rêver 5 minutes. On voit bien l'expertise qu'il y a derrière. Ce n'est pas une personne qui va, par exemple, je ne sais pas, utiliser un logiciel en remplissant des cases, et puis cela donnerait le métier derrière le parcours professionnel. C'est bien quelqu'un qui va devoir construire, inventer et accompagner et innover. Je ne le vois pas bien autrement qu'avec un diplôme universitaire de bon niveau.

Vincent Edin : Nous allons avoir un autre témoignage avec Étienne Gueffier coordinateur d'ULIS Pro. Est-ce qu'il faut un Master pour être référent en ULIS pro ? Et qu'est-ce que cela vous inspire ? Est-ce qu'au fond, le référent de l'ULIS pro, ce n'est pas lui le référent de parcours ?

Etienne Gueffier : Bonjour à tous. Je retrouve bien en tout cas les compétences nécessaires à la coordination d'un dispositif ULIS. Effectivement il ne faut pas être très pointu dans divers domaines, mais plutôt rechercher les synergies et rendre possible le travail commun. Puisque c'est le travail en équipe, autour d'un jeune, qui nous amène à trouver des solutions. J'aime bien aussi cette démarche de recherche de solutions. Qu'il faut avoir au quotidien, en fin de compte. Pour rappeler ce que sont les missions d'un coordonnateur de dispositifs, il existe déjà plusieurs types de coordonnateur d'ULIS. Personnellement, je travaille pour une ULIS dans un lycée professionnel, ce qui n'a pas exactement le même profil qu'au collège.

Un coordinateur est avant tout un enseignant. Avec cette position, cela lui permet d'aider ses collègues professeurs à adapter.

Il est là pour rassurer le jeune, lui expliquer et lui rendre accessibles les apprentissages.

Ensuite il y a toute la partie de coordination, c'est de coordonner le travail avec l'équipe éducative, l'équipe de soins, les partenaires extérieurs, les familles. C'est de faire ressortir les compétences de chacun, pour permettre le travail en commun.

Après, il y a l'accompagnement. Je ne sais pas trop comment le définir, en fin de compte. Accompagner la formation d'un jeune vers l'emploi, cela regroupe beaucoup de compétences. Je ne sais pas si le coordonnateur peut être le référent du parcours. Mais à partir du moment où ce jeune est là – par exemple dans un lycée professionnel sur les 2 ou 3 années de CAP - nous rendons possible la formation et la progression de ce jeune vers l'autonomie et l'employabilité.

Vincent Edin : L'employabilité débouche sur une entreprise. Quel est le lien du coordonnateur justement avec cette entreprise qui, potentiellement, concrètement, accueille le jeune ?

Etienne Gueffier : Il commence déjà par expliquer aux jeunes comment accéder au monde de l'entreprise, ce qu'est le monde de l'entreprise. Ensuite, c'est d'accompagner le jeune vers la recherche d'entreprise. Je me positionne comme un tuteur de ce jeune pour qu'il aille dans le bon sens.

Je rassure l'entreprise. Et c'est bien là un peu l'inconnu, quand même. Les entreprises ont un peu peur. Les jeunes vont aussi dans un monde inconnu. Il faut amener et rassurer.

C'est aussi un travail de réseau. L'équipe qui a travaillé avec ce jeune pendant pas mal de temps, parfois sur plusieurs années doit trouver des opportunités aussi, trouver un stage en espérant qu'il sera employé.

Sophie Cluzel : Une question très pratique. Concrètement, quand un jeune accède à l'entreprise et qu'il a besoin d'être accompagné, non pas uniquement pour le démarrage de son stage, mais parce qu'il a besoin d'être accompagné avec une aide humaine. Nous nous heurtons- en tant que parent- à la possibilité d'avoir une AVS individuelle puisque le jeune est scolarisé dans un dispositif ULIS.

Etienne Gueffier : Dans le dispositif dans lequel je travaille, ce n'est pas si simple. Le chef d'établissement refuse parfois la mobilité de l'AVS. Donc, c'est une mission également pour le coordonnateur.

Parent : Si je peux me permettre, dans mon académie, l'Éducation nationale refuse que les AVS accompagnent les élèves dans les entreprises. Que ce soient des stages, encore plus pour les apprentissages. Il y a un refus net. Les élèves qui font des CAP en alternance ne sont plus suivis par les enseignants référents. Les enseignants référents sont réservés aux lycées professionnels. Il y a là une grande différence de traitement, ce qui n'est pas normal.

Sophie Cluzel : Monsieur Poux en tant que conseiller du recteur de Clermont Ferrand peut être pouvez-vous expliquer comment faire ?

pouxGérard Poux : C'est difficile de répondre comme ceci sans expliquer de quoi nous parlons. Il faudrait peut-être mieux que je le fasse. 2 origines dans l'ATHA mis par rapport à des dispositifs. Les origines sont les mêmes, c'est-à-dire une question posée par rapport au parcours de vie scolaire qui sont résolus par la mise en place d'une épithèque.

L'IME ou IMPRO après l'initiative de demander pourquoi ne pas aller vers le lycée professionnel.

2e version, une ULIS qui était en collège et qui fonctionnait plutôt bien depuis plusieurs années, avec des élèves restés 4 ou 5 ans, et au bout de la 6e année, la question s'est posée de savoir ce qu'on allait faire de ces jeunes. Ce sont le Conseil régional et le Rectorat qui ont inventé un dispositif d'insertion professionnelle, dans une logique d'employabilité. Ce qui veut dire que les 2 dispositifs se sont, dès l'origine, émancipés des référentiels de formation que ce soit CAP ou bac pro. C'est-à-dire qu'on pouvait s'écarter, utiliser ou non le plateau technique. Il y avait des formations, il y avait surtout l'idée, en première année, de découvrir, au travers de stages - c'est la dominante - de découvrir différents lieux dans lesquels on pouvait travailler. De repartir de ces lieux pour travailler le projet et le geste professionnel. Amplifier cette démarche en 2e année pour affiner les choses.

Un projet a été déposé auprès de la préfecture pour obtenir des crédits. Ce qui a permis de financer l'octroi d'un quart de temps qui est disposé soit par le Greta, soit par le centre de formation d'apprentis spécialisés. Cela permet, dans une logique qui est celle de la synergie, d'avoir quelqu'un qui est un spécialiste de la recherche de stages et un de l'accompagnement en entreprise. Ils viennent compléter ce qui est fait par le coordonnateur ULIS avec son carnet d'adresses, avec ses exigences, avec son savoir-faire. La question de l'AVS se pose donc en de rares cas. Puisque la question a été posée en amont. Et donc le centre de formation ou le Greta nous ouvre le chemin.

Quand j'ai pris mes fonctions, le recteur nous a demandé de faire le point. Il y avait des enchaînements divers, certains avec l'idée de suivre un CAP avec une logique plus inclusive. Et d'autres qui avaient fait l'effort de s'émanciper de tous ces cursus, même si on pouvait s'imaginer qu'il y avait des raccordements. Nous avons fait tout cela grâce à nos partenaires des IMPRO. Les IMPRO fonctionnaient déjà comme ceci. Simplement nous sommes allés un peu plus loin. L'idée était de travailler en 2 ans. Quelquefois une 3e année sur l'employabilité, avec un taux d'insertion qui atteint plus de 50 % pour nos ULIS lycée.

Le dispositif mis en place par le conseil régional a perduré. Non seulement il a perduré mais il a été étendu. Il a été généralisé aux 4 départements. Et, maintenant, nous sommes en train de nous rejoindre à nouveau pour essayer de proposer une poursuite aux quelques jeunes qui n'ont pas pu aller jusqu'à l'insertion. Donc nous essayons de coordonner tout ceci, de façon à ce qu'il n'y ait pas de rupture de parcours. Avec une question qui est celle de l'entrée, quand même. À l'entrée nous ne sommes pas sélectifs mais électifs. Il faut qu'il y ait un travail, il faut bien savoir ce qui est attendu. Un minimum d'autonomie qui permet de s'engager dans le projet. Si cette condition est remplie, le contrat est signé. Concrètement, lorsque nous acceptons un élève - parce qu'il y a quand même cette idée-là - cela veut dire qu'on l'accepte pour aller vers une dynamique d'insertion. Cela peut être dans un ESAT. Mais tout le travail en amont permet d'aller vers une solution qui sera ressentie comme positif. Voilà comment nous avons essayé de généraliser, avec des nuances, avec une ULIS un peu spécialisée comme celle qui travaillent sur l'hôtellerie et la restauration, qui permet de découvrir d'autres champs. Ces jeunes ont autant de rêves que les autres. Ils ont autant d'envie que les autres. Mais il faut les confronter à la réalité du monde de l'entreprise. Et sur ce terrain-là, c'est vrai que nos partenaires du CFAS ont été essentiels. Ce qui compte au bout c'est le comportement social.

Vincent Edin : Bravo, en fait les bonnes nouvelles venaient l'après-midi. La moralité c'est qu'il faut s'émanciper !

Cet accompagnement peut être également fait part des services de soins en dehors de l'Éducation nationale. Je pense aux ESAT. Nous aurons peut-être des exemples tout à l'heure.

Sophie Cluzel : Attention, parce que le dispositif de Clermont-Ferrand est ouvert pour tous les handicaps. Il n'est pas focalisé sur un SESSAD qui sera lui-même focalisé sur un type de handicap. Il faut qu'on parle de dispositifs de droit commun pour tous, pour tous les jeunes handicapés qui n'ont pas accès à un SESSAD.

Vincent Edin : Nous allons rester dans les Hauts-de-Seine, département qui est aujourd'hui surreprésenté.

Monsieur Yves Tannou directeur d'un SESSAD Pro –ADAPEI du 92, vous allez nous expliquer comment vous travaillez avec des coordonnateurs d'ULIS.

tannouYves Tannou : Merci, effectivement, nous avons la chance de pouvoir travailler avec les coordonnateurs d'ULIS.

2 axes : un axe qui va tourner autour de la scolarité de l'élève, au-delà du simple stage. Et le coordonnateur sera vraiment pour nous un facilitateur, entre l'école, le jeune, et l'établissement médico-social. Sur la scolarité, sur les modalités de la scolarité, le positionnement de l'élève, quand il est, en tant qu'élève, dans la classe. C'est l'endroit où le jeune passe le plus de temps. Le coordonnateur a vraiment pour nous un rôle d'interface. Il connaît l'établissement scolaire, il connaît les élèves, il est en relation avec les familles. Donc, il est un peu notre relais au niveau de l'école.

C'est un premier élément.

Le 2ème axe concerne l'entreprise. Je dirais qu'il y a un gros travail à faire ensemble sur la sensibilisation. Lorsque le jeune va aller en stage, c'est la première fois où il va devoir expliquer son handicap. Si le jeune, quand il va rentrer dans l'entreprise, ne parle pas de son handicap - et c'est malheureusement ce qui se passe régulièrement - l'entreprise va découvrir le handicap au fur et à mesure qu'elle découvre la personne. Cela génère parfois des difficultés, parce que l'entreprise n'étant pas préparée à accueillir une personne handicapée, elle n'a pas forcément la réaction qu'il faudrait à ce moment-là. Donc, souvent, il faut aider le jeune à travailler en amont sur : comment je vais me présenter ? Comment je vais évoquer mes difficultés ? Quelles sont-elles ? C'est un travail très difficile à faire pour le jeune. Parce que souvent quand on lui demande d'expliquer son handicap, il y a un grand blanc. Donc, le SESSAD travaille aussi avec le coordonnateur sur cette explication du handicap. Comment est-ce que je vais sensibiliser l'entreprise à l'accueil d'une personne en situation de handicap ? Il y a tout ce travail à faire, pour que la période au sein de l'entreprise se passe bien. En amont bien sûr, la recherche de l'entreprise : « Mon CV ? Ma lettre de motivation ? Est-ce que je dis que je suis une personne en situation de handicap ? » Lorsqu'on est adulte, on a la reconnaissance travailleur handicapé, pour un jeune qui est en stage, la reconnaissance travailleur handicapé n'existe pas.

Vincent Edin : Yves, je t'interromps tout de suite. C'est une question primordiale. Quelles sont les réactions des personnes autour de la table ? Nous sommes quand même dans un projet de parcours d'un jeune handicapé. Est-ce que la question se pose de savoir s'il faut dire ou pas qu'on est handicapé ?

Nous allons commencer par Gérard Lefranc, responsable de la mission handicap de l'entreprise THALES.

Gérard Lefranc : J'entends bien ce qui se dit là-dessus. Toujours est-il que si le jeune, quel qu'il soit, ou l'adulte, ne parle pas de son handicap, cela va être découvert lorsqu'il va faire sa visite médicale d'embauche, ou bien sa visite médicale de stage parce qu'il en a quelquefois également. Et je pense que c'est très préjudiciable de ne pas en parler. Je vais parler des entreprises qui sont «matures» dans ce domaine-là. Des entreprises qui sont matures, qui ont des missions handicap. C'est important que le jeune puisse parler de son handicap, pas en terme de pathologie, cela est à voir avec le médecin du travail ou le médecin référent, mais en terme de l'adaptation nécessaire pour travailler.*

Maintenant, pour les entreprises qui n'ont pas de Mission Handicap, qui sont des petites entreprises qui n'ont pas tout ça, il est important que dans l'entreprise on sache de quoi il s'agit. Quelles sont les adaptations à mettre en place ? ... Je trouve cela très important, sinon ce sera un échec. Et quand il y a un échec, cela voudra dire qu'il n'y aura pas d'autres essais derrière.

Ensuite, ce qu'il faut, et nous en parlerons tout à l'heure, c'est de mettre en place des dispositifs collectifs sur des bassins d'emploi, région par région ou académies par académie, où les petites entreprises et les moyennes entreprises vont avoir des dispositifs d'aide. Des aides aussi de grandes entreprises qui savent faire pour que l l'insertion se passe bien. Et nous en parlerons, parce que les grandes entreprises, d'un autre côté, quelquefois, sur les faibles niveaux de qualification, elles ne vont pas embaucher ou faire des stages.

Je dirais qu'on peut, certes, cacher son handicap. C'est le droit de chacun. Ce qu'il faut savoir par contre c'est que s'il y a besoin de mettre des aides en place, on ne le découvre quelquefois que beaucoup trop tard. Et l'échec est près du justiciable à tout le monde, pour le jeune, pour l'entreprise, et pour le futur postulant.

Vincent Edin : Merci pour la clarté.

Yves Tannou : Effectivement, c'est exactement cela. C'est vrai que ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que la recherche de stage est tellement difficile, qu'en fait, souvent, le jeune se dit, à tort ou à raison, que s'il parle de son handicap ce sera encore plus difficile d'obtenir un stage. Et, comme il y a une pression très forte de l'école pour la réalisation de ces stages dans un temps donné, sur une durée donnée, avec des objectifs précis. On se retrouve dans la peur d'avouer son handicap, avec la crainte de ne pas obtenir de stage. Je crois qu'il y a un gros travail à faire là-dessus. Et peut-être, justement, j'en viens sur les freins, c'est l'adaptation de la scolarité à cette question de handicap. C'est vrai qu'aujourd'hui, quand un élève est en CAP en bac pro, il a un certain nombre d'heures de stage à faire, et c'est souvent difficile, nous avons des échanges avec le coordonnateur, avec l'administration de l'établissement, qui, souvent, à des difficultés à mettre en place un stage à temps partiel, à stage sur certaines tâches. De ne pas avoir la complétude d'un poste. Je prends un exemple très concret : un poste en vente. Dans la vente, vous avez la caisse. Un jeune qui aurait un stage à faire en magasin, le fait d'avoir une épreuve de caisse avec un stage en caisse, cela peut faire partie de l'obligation du diplôme, mais cela peut être aussi quelque chose de très difficile à mettre en place pendant le stage. Et donc, les aménagements à ce niveau doivent être travaillés au niveau de la scolarité, pour permettre à un élève de pouvoir réussir à poursuivre son parcours scolaire avec des aménagements.

Vincent Edin : L'équivalent du tiers-temps pédagogique adapté au stage.

Marie-Pierre Toubhans : Je voulais faire une petite précision concernant la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (la RQTH). Depuis la loi Paul Blanc de juillet 2011, il y a la possibilité pour les jeunes à partir de 16 ans bénéficiant de la PCH ou l'AEEH, de pouvoir bénéficier de la RQTH de façon systématique. Cela a été une demande forte - y compris du CNCPH - qui a vu une traduction législative. Le constat était que sur certains territoires une inégalité de fait existait entre les départements qui acceptaient et ceux qui n'acceptaient pas.

L'enjeu, pour l'entreprise aussi, d'avoir cette RQTH, permet d'intégrer le calcul de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés. Je tenais à apporter cette précision. Je pense que c'est quelque chose qu'il faut connaître et faire connaître, c'est facilitant pour les jeunes.

Vincent Edin : Merci.

Monsieur Alain Delaubert, directeur SESSAD PEP 28, si vous nous parliez de l'apprentissage qui est une voie de formation qui convient particulièrement aux élèves en situation de handicap. Pourriez-vous nous dire ce que vous faites en Eure-et-Loir ?

Alain Delaubert : Précisément je suis enseignant affecté pour diriger le SESSAD : je le dis parce que ce n'est pas tellement évident par les temps qui courent, où l'on a tendance à mettre les enseignants devant les élèves, on peut s'apercevoir qu'ils peuvent être utiles ailleurs, du moins je l'espère. Quelques mots sur des notions que j'ai entendues au cours de la matinée et du début d'après-midi sur l'éthique.

Effectivement, plus on est expert plus on doit être dans l'éthique. Sinon on emmène tout le monde dans l'erreur. C'est surtout d'arriver dans une situation avec une idée et de repartir avec une autre. Dans mon métier de directeur de SESSAD c'est quelque chose qu'on va faire quotidiennement.

Je vais vous donner quelques chiffres qui sont, eux aussi, des éléments incontournables de notre travail. Par exemple, dans notre département, nous avons 32 CLIS, nous avons 17 ULIS de collège, nous avons 2 ULIS pro. Quelqu'un a essayé de traiter le problème en tant que mécanique des flux. Ce n'était pas très probant concernant le résultat. Lorsqu'on lest parent d'un enfant autiste, on a une chance sur 16 que notre enfant aille en ULIS pro dans cette région. Au début je me suis demandé pourquoi j'étais là, je travaillais sur une vaporisation de l'utilisation des services médico-sociaux d'Eure-et-Loir.

Ces services se sont mis ensemble, pour créer un dispositif dont la vocation est simple : les jeunes disposent d'un an pour créer un projet professionnel. Et ce en restant pratiquement un an à l'extérieur de leur établissement, en étant inscrit dans ce dispositif qui fonctionne – très schématiquement- lundi dans un lycée, mardi dans des activités spécifiques, et mercredi et jeudi chez des employeurs. Et je dis bien, en situation de travail, parce que je fais la différence entre les stages organisés par le collège, et nous savons les difficultés que peuvent présenter les réglementations propres à l'enseignement secondaire, là par contre avec le support des établissements médico-sociaux on peut parler de mises en situation de travail. Chaque jeune peut disposer d'un an pour travailler son projet professionnel, avec un appui à la recherche de l'autonomie. Par exemple, en entrée dans le dispositif, le jeune peut venir accompagné en fin de dispositifs, il vient systématiquement, aux oraux, aux différents entretiens, par les transports en commun. Il y a donc un travail sur l'autonomie. Un travail sur la mise en œuvre d'un projet professionnel au sens large.

Le dispositif contient 35 personnes tous les ans, on arrive entre 12 et 16 qui réussissent. Mais d'autres font le choix -des choix éclairés - de retourner travailler dans le secteur protégé. Nous avons eu un jeune atteint d'autisme qui explique qu'il ne peut pas travailler en milieu ordinaire, que cela lui est impossible. Et que son projet est de travailler à mi-temps dans un ESAT.

Conclure sur ce dispositif et ne pas vouloir trop mobiliser, une des raisons d'être là, me semble-t-il aussi, c'est que les enseignants référents ont parfaitement appréhendé et compris le fonctionnement de ce dispositif. Une des perspectives pourrait être d'ouvrir ce dispositif, de le mettre quelque sorte dans le droit commun.

Vincent Edin : Merci, c'est toujours délicat de sombrer dans l'autosatisfaction. Mais entre 12 et 15 jeunes qui signent un contrat sur 26 au départ, c'est pas mal. Surtout que pour les autres cela part du consentement éclairé. D'après vous, les clés de la réussite de votre démarche ?

Alain Delaubert : Probablement un cocktail, le partenariat. Il y a un partenariat important avec le conseil des prud'hommes, la prévention routière, Cap Emploi. Cela est important parce que chaque participant va recevoir sa dose information, sous plusieurs formes. Cela peut être la rencontre entre un employeur et un jeune. Un maçon à Châteaudun peut dire : je veux ce jeune de mon entreprise. Et le jeune peut dire «je veux bien y aller». Nous sommes dans un milieu rural – urbain, en Eure-et-Loir. Le fait d'avoir le droit à l'essai. Serge Thomazet parlait de l'erreur. On peut se tromper autant de fois qu'on veut pendant au moins 12 mois du dispositif. Après on ressort et on essaye de retravailler son projet. Le temps est une dimension importante.

Vincent Edin : Merci.

Madame Laurence Marin, Référente à l'insertion professionnelle de la MDPH du 78. Vous êtes à Versailles et vous êtes le fameux guichet unique.

marinLaurence Marin : Il a été dit à plusieurs reprises ce matin qu'on s'adresse à la MDPH quel que soit son âge. Suivant les dispositifs et les orientations, il y a la fameuse barrière d'âge de 20 ans qui perdure. À mon sens elle devrait être de moins en moins marquée. Nous avons donc pris l'initiative de mettre en place des équipes pluridisciplinaires qu'on appelle des équipes jeunes. Puisqu'à la fois nous avions les équipes disciplinaires pour les enfants qui traitaient des questions du parcours scolaire, avec des partenaires à la fois du sanitaire, du médico-social et de l'éducatif. Et puis, d'un autre côté, les équipes disciplinaires pour les adultes avec les partenaires de l'emploi, où l'on traitait de la question du travail.

Or, la passerelle entre la scolarité et le monde du travail a fait nous poser d'autres questions, avec d'autres partenaires. Nous avons donc mis en place ces équipes jeunes, 16 – 25 ans, pour lesquelles nous faisons appel à des partenaires qui ne sont pas étiquetés sur le handicap. Qui sont des unités locales d'insertion, ou d'autres services qui n'accueillent pas que des jeunes en situation de handicap. Et, nous réfléchissons ensemble à partir de demandes qui sont déposées par les jeunes et leurs familles, à l'orientation professionnelle. Que cette orientation relève du milieu ordinaire ou du milieu protégé. Puisqu'en fait, depuis la loi de 2005, on voit aujourd'hui des jeunes qui ont été scolarisés en milieu ordinaire, qui ont une forte demande de travail en milieu ordinaire, certains pour lesquels ce sera tout à fait la proposition. Pour d'autres non. À côté de cela, nous avons des jeunes qui ont été scolarisés par exemple en IMPRO et qu'on va orienter en milieu ordinaire de travail. L'idée est qu'il ne faut pas rester dans un effet de filières, et ce n'est pas parce qu'on a été scolarisé en milieu spécialisé, qu'on passe spécialement travailler en milieu protégé, et l'inverse également. Je dirais concernant la notion d'accompagnant et de parcours -puisque c'était le thème de l'intervention - ce que je constate, c'est que ces jeunes ont parfois une multitude de référents de parcours selon l'endroit où il se trouve. Selon qu'ils soient scolarisés en ULIS lycée, ou en IMPRO, ou accompagné par un SESSAD. La difficulté, pour les jeunes et leurs familles, c'est finalement de savoir qui est la personne à contacter pour avoir des réponses à des questions. La MDPH essaie de se positionner sur cette action-là. Ce n'est pas simple, parce que cela demande beaucoup d'harmonisation, beaucoup de travail d'information et de formation, des partenaires, mais aussi des membres de notre CDAPH.

Pour ma part, je réalise beaucoup d'informations auprès de ces professionnels. Une réflexion sur l'accompagnement : je me souviens d'un jeune déficient visuel, qui, après son bac, a dit : «j'en ai marre de prendre le taxi. Je voudrais aller avec le RER». Malgré la grande inquiétude de sa mère - ce jeune était adulte - et il fallait entendre que finalement, à un moment de sa vie, être trop accompagné, ce n'est pas non plus ce qu'il voulait.

Voilà, ce que je trouve le plus enrichissement, finalement, dans cette fonction, c'est de partir aussi parfois d'une demande unique, d'une situation unique, qui fait un peu bouger nos frontières, je pense là à un autre jeune qui, après une ULIS pro, a voulu se former en alternance dans un centre de formation pour adultes, pour lequel nous avons prononcé des prolongations de parcours, des dérogations d'âge. Des dérogations pour lesquelles l'éducation nationale a accepté. Et, finalement, ce jeune travaille aujourd'hui dans le milieu ordinaire. Il a été recruté en CDI dans l'entreprise qu'il a accueillie dans le secteur de la restauration. Et cette année, nous avons 3 jeunes qui ont la même demande, avec les mêmes difficultés, avec toujours les mêmes dérogations à accepter. Les mêmes questions à se poser. Mais ce n'est pas grave, on se dit que c'est un progrès. Il y en avait un il y a 2 ans, cette année nous avons 3, j'espère que l'année prochaine nous en aurons 10. Et j'espère que nous pourrons adapter les dispositifs tel que l'apprentissage si c'est ce qui correspond à ces jeunes.

Vincent Edin : Simplement, un mot, vous êtes sortie de la logique tubulaire. Et vous n'êtes pas rentrée dans le cadre qu'on on vous imposait. Y a-t-il une certaine phobie du changement ? Est-ce que vous avez rencontré des résistances en interne ? Par exemple quand vous avez fait sauter la barrière d'âge?

Laurence Marin : De résistance, non. Peut-être, beaucoup d'informations nécessaires auprès de mes collègues, même des collègues qui se demandaient s'il en avait vraiment tant de situations de jeunes à voir pour leur dédier une équipe pluridisciplinaire en particulier.

Je suis estampillée comme Madame RQTH à la MDPH.

Vincent Edin : En un mot, cela veut dire que cela est complètement reproductible dans les MDPH ?

Laurence Marin : C'est ce que je fais en tout cas. Et c'est ce que dit la loi.

Vincent Edin : C'est vrai. Merci pour cette note optimiste.

Je me tourne vers l'entreprise mature. Mure? A vous Gérard Lefranc, merci d'être là, parce qu'en général il y a très peu d'entreprises qui viennent. Nous en parlions tout à l'heure, on disait que c'est vrai que les entreprises n'ont pas toutes changé d'après le premier rapport de la Halde qui montrait qu'il y avait discrimination inversée. Et, qu'en réalité, les entreprises magnifient souvent le handicapé «parfait », qui a bac+5 et qui a eu un accident de la vie.

En revanche, pour ceux qui ont moins de qualification, c'est plus compliqué. Je sais que ce n'est pas le cas de Thalès, j'aimerais que vous expliquiez cela.

Gérard Lefranc : Ce que vous avez dit sur les entreprises est à la foi vrai et faux. Je pense que le temps où les entreprises couraient après les «bac+5 handicapés» en appuyant sur les sonnettes des universités, en demandant : «il m'en faudrait, combien en avez-vous ?», n'est plus. Cela ne se fait plus parce que s'on s'est aperçu que ce n'était pas la bonne formule.

La 2e façon qui me semble un peu plus vertueuse, c'est de se dire : prenons le problème en amont, et regardons comment on peut amener des jeunes, et comment on peut accompagner des dispositifs existants en tant que partenaire. Prenez bien la dimension de ce que je dis en tant que partenaire. Il ne s'agit pas de créer des choses aberrantes de remplacer l'Éducation nationale par l'entreprise. Etc.... Donc, comment des entreprises, dans des dispositifs existants, ou des dispositifs à créer, mais en partenariat avec l'éducation nationale, et l'enseignement supérieur, peuvent mettre en place des aides qui vont permettre à un jeune d'avoir un parcours aussi linéaire soit-il, pour aller du collège – lycée et vers l'enseignement supérieur. Ou bien quand il sort du collège, du lycée, avec une formation professionnelle par exemple, pour qu'il puisse trouver une entreprise qui va l'embaucher.

En plus, je voudrais quand même vous dire quelque chose que vous n'avez pas vraiment dit. Une entreprise, pour bien travailler, elle a besoin d'un cadre. Un cadre qu'elle invente ou qu'on lui impose. Mais il est nécessaire d'avoir un cadre dans lequel elle va pouvoir travailler. Et je pense que les pouvoirs publics sont aussi là pour mettre en place les cadres dans lesquels on va pouvoir accompagner une personne handicapée.

Il s'agit pour les entreprises d'accompagner les dispositifs existants. Je vous donne un exemple de ce qui a été mis en place sur l'académie de Toulouse, mais qui sera mis en place – avec des adaptations parce qu'il ne s'agit pas de reproduire les choses comme elles sont – dans l'académie de Nice très bientôt puisque cela sera signé avec le rectorat. Et puis, celle de Bordeaux, et puis dans d'autre académie où cela est en train de se mettre en place petite à petit. Comme l'un des éléments qui vont contribuer à ce que des jeunes en situation de handicap puissent continuer leur parcours, à l'école en université, et puis aboutir à l'emploi.

Nous sommes partis d'un constat avec le rectorat de Toulouse. Pourquoi Toulouse ? Parce que vous savez qu'il y a l'aéronautique, nous y avons très vite associé le pôle de recherche de l'enseignement supérieur, les universités et les grandes écoles, parce qu'il y avait des choses qui étaient déjà en place sur la réussite des métiers. La découverte et l'accompagnement de ceux-ci. Découvrir un métier scientifique, découvert le spatial. Et donc, essayer de rassembler toutes ses énergies dans un dispositif commun.

L'idée a été de signer tous ensemble une convention dans laquelle nous avons très vite inclus la DIRECCTE. Que dit cette convention ? En complément des aides qui sont déjà mises en place dans l'Éducation nationale et dans l'enseignement supérieur, comment allons-nous faire pour accompagner des jeunes qui sont en lycée et en collège. Nous avions l'exemple du lycée que le devoir à la maison était compliqué pour les jeunes. Donc, comment les étudiants peuvent accompagner - monnayant finances - pour les devoirs, des jeunes en situation de handicap. Des jeunes et leur famille.

La famille est quelque chose de très important : par exemple dans l'entreprise on ne le perçoit pas tout de suite. Mais, vous savez quand on a 68 000 salariés, certains viennent nous voir en disant :

«J'ai des enfants situation de handicap, qu'est-ce que je peux faire ?»...

Comment est-ce qu'on fait découvrir très tôt le monde de l'entreprise et les possibilités ? Quand on est jeune et en situation de handicap, on doit pouvoir aussi se dire, «peut-être que si j'ai les compétences et les savoirs faire et que j'ai été formé, je serais ingénieur chez Airbus, ou bien dans le spatial ou quelque chose comme cela». Et puis, «si je ne le suis pas, que sont les autres métiers qui sont liés à tout cela ?». Donc, une découverte des métiers. Et puis aussi, une aide, des dispositifs mis en place par l'éducation nationale pour venir participer à des aides d'urgence. Comment ce jeune qui n'a pas tel équipement, qu'il n'y a plus de financement, comment est-ce qu'on va pouvoir ramener du financement complémentaire ? Toutes ces entreprises se sont mises ensemble, avec un financement approprié sur le long terme. Dans l'enseignement supérieur, comment ces jeunes qui sont dans l'enseignement supérieur, vont-ils pouvoir intégrer très vite dans le milieu de l'emploi. Et ne pas attendre le fameux Master, bac+5, pour qu'ils puissent connaître le monde de l'entreprise.

Et là aussi, par un tutorat, par un ingénieur ou par quelqu'un comme ça, par des stages dès la licence, la première année d'université. Et c'est là où l'accompagnement est très important. Comment est-ce qu'on va faire baisser ce degré d'anxiété dont nous parlions tout à l'heure, de l'entreprise, vis-à-vis de certains types de handicaps par exemple. Je pense qu'il est là très important cette aide qui soit fournie à l'entreprise. Vous disiez tout à l'heure qu'il y avait un besoin d'accompagnement des jeunes, mais il y a aussi un besoin d'accompagnement de l'entreprise. Et ces dispositifs que l'on met en place doivent permettre cela.

Ensuite, ce que je remarque, c'est que lorsque le jeune a son diplôme- prenons même bac plus 5- il ne va pas systématiquement au Cap Emploi en sortant. Ni au pôle emploi. Sans accompagnement l'emploi ne se fera pas ou bien dans des conditions très difficiles. A ce moment-là, HANDISUP- avec lesquels nous travaillons en étroite collaboration - fournissent aussi l'accompagnement dont nous avons besoin sur les équipes opérationnelles d'entreprise. En ce qui concerne les niveaux plus bas de qualification - il n'y a pas de connotations là-dedans - on voit les petites et moyennes entreprises qui commencent à s'intéresser à la chose car il y a des résultats.

Ce qui est important, c'est de repérer très tôt l'emploi qui est possible. Et puis, que des grandes entreprises – le dispositif de permet –puissent accompagner ces petites et moyennes entreprises. Cela peut être des aides financières, des conseils en ressources humaines. Des conseils en adaptations de poste. Etc. Qu'on puisse accompagner ces entreprises pour que à la fin, même ce jeune s'il peut faire son apprentissage dans cette entreprise, ou bien dans la plus grande et joindre ensuite une plus petite entreprise. Sur Nice, c'est la DIRECCTE qui a été mis au courant de ce dispositif. Ce n'est pas le rectorat. En disant : j'ai des entreprises qui ont des accords et d'autres qui n'en ont pas. Dont 10 % peuvent financer ce type de dispositif. Quelle dynamique est-ce qu'on peut mettre en place sur le territoire ? L'intérêt d'un territoire, c'est que les entreprises, structures, éducation nationale et les universités ont des lieux de rencontre communs et qu'elles ont l'habitude de travailler ensemble. D'où l'intérêt de mettre en place des cadres dans lesquels ils vont pouvoir venir travailler en tant que partenaire a une amélioration des parcours pour une insertion professionnelle des jeunes.

Vincent Edin : Puisqu'on parle de cadrage, nous avons Nice, Toulouse, Bordeaux. Ce sont de grosses villes. Est-ce que l'échelon pertinent, c'est la municipalité, en même temps si la ville de 50 000 habitants, pour avoir ce même maillage dans d'autres lieux c'est peut-être à l'échelle du département ?

Gérard Lefranc : Non je parle des académies. Sur l'académie de Toulouse, il y a aussi des lycées ruraux. Nous sommes vraiment sur des dispositifs qui doivent se mettre en place sur ce que j'appelle des bassins d'emploi. C'est-à-dire des lieux où l'on sait très bien que, les chambres de commerce, les entreprises, le système économique, le système éducatif et les centres de formation ont l'habitude de travailler ensemble. Où il y a du sens au niveau des gisements d'emplois. Vous avez parlé tout à l'heure de la proximité importante pour des jeunes en situation de handicap, car même si on est capable d'accompagner les jeunes pour qu'ils fassent leur stage dans d'autres régions, en finançant le transport, on voit bien que c'est compliqué pour eux.

Vincent Edin : Merci beaucoup. Pour l'intervention suivante, je vous enjoins à vous référer au dossier.

Remarque de la salle : Patricia Thiry, juste deux mots pour compléter les propos de Monsieur Lefranc. Puisqu'on parlait beaucoup de partenariat et d'associer les acteurs, je tiens à ajouter que les associations participent au groupe de pilotage ainsi que les établissements médico-sociaux. Souvent des professionnels qui n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble au départ, qui ont réussi à élaborer ensemble un projet d'action qui puisse servir aux jeunes.

Gérard Lefranc : Oui, ce que j'ai omis de dire, c'est qu'il y a un comité de pilotage qui a été mis en place pour traiter de tout cela. Où l'on se retrouve en tant qu'entreprise, rectorat, universités et associations, et la DIRECCTE et l'ONISEP.

Vincent Edin : Rien de ce qui se dit cet après-midi n'est inventé. Si vous prenez vos dossiers, à la fin, vous trouvez un chapitre sur le PRITH.

Madame Florence Janssens, Inspecteur Conseiller technique de l'académie de Versailles, nous en détaille le fonctionnement.

janssensFlorence Janssens : Effectivement, j'ai la chance de participer au Plan

Régional Intégration des Travailleurs Handicapés. C'est vrai que c'est une première sur l'Île-de-France. Nous avons été conviés par l'Education nationale, et c'est vraiment avec grand plaisir que nous participons à ses travaux. Se poser la question de l'insertion des travailleurs handicapés, c'est peut-être aussi se poser la question de leur formation. C'est se poser la question de ce qui se passe à l'école, avant qu'ils arrivent sur le marché du travail. Donc, il faut vraiment que nous soyons parfaitement en lien. Sinon, nous allons travailler les uns et les autres chacun dans notre domaine, sans bien articuler ce que nous faisons.

Cette question de l'accès à l'emploi, ça été une volonté conjointe de chercher tout ce qui pouvait freiner cet accès d'une part, de tout ce qui pouvait au contraire le faciliter d'autre part. Que savons- nous des freins, des passerelles à mettre en œuvre pour faciliter cette insertion professionnelle ? En termes de passerelles, nous avons évidemment l'occasion d'entendre - comme aujourd'hui- des expérimentations tout à fait positives, et que l'on cherchera à démultiplier. Nous sentons bien que nous sommes dans la recherche de la création d'un dispositif innovant. Quelque chose qui n'existe pas encore, qui est forcément multi partenarial, parce que nous sommes beaucoup autour de la table à se préoccuper de ces questions. Ensuite, à quelle échelle ?

La question est encore ouverte et nous réfléchissons ensemble. Et surtout en cherchant les bonnes pratiques, en cherchant à nous inspirer de ces bonnes pratiques, pour nous permettre aussi de relier le médico-social et le monde ordinaire. Je pense que notre volonté est aussi de désenclaver des établissements spécialisés. De faire en sorte que les jeunes qui sont scolarisés dans les établissements spécialisés puissent accéder aussi à un emploi, même si c'est en milieu protégé. Qu'ils puissent accéder à un emploi, mais surtout à une reconnaissance de leurs acquis et de leurs compétences. Donc nous travaillons pour que la reconnaissance des acquis au sein des établissements spécialisés puisse être faite de la même façon que pour les jeunes qui sont en ULIS. Il y a beaucoup de frein à faire sauter, mais lorsque la volonté est commune nous y parvenons toujours. Même si c'est un peu long. Nous allons mettre en place des passerelles simples, des passerelles qui s'inspireront certainement de tout ce que nous avons entendu, y compris des dispositifs comme à Toulouse à Bordeaux ou à Nice. Il faut s'inspirer de tout cela. En ayant en tête que nous allons travailler pour les petits niveaux de qualification. C'est-à-dire les niveaux 5 ou en dessous. Parce qu'ils sont très majoritaires parmi nos jeunes en situation de handicap. Et que pour eux, ce sont plutôt les petites entreprises qui sont à même de leur offrir une place. Il faut donc impliquer les petites entreprises, je pense qu'ils viendront plus facilement grâce aux grandes entreprises. Je pense que les jeunes qui sont dans le médico-social sont des populations qui n'ont pas encore été tellement recherchées. Et, un lieu d'accueil dans la petite entreprise n'est pas tellement développé non plus. Donc, notre objectif, avoir, à terme, peut-être un « développeur ». Après on peut beaucoup s'interroger sur la façon dont nous allez nommer les choses et les fonctions. Le terme de « référent » est tellement utilisé que je m'en méfie. Je préfère être ici le terme de « développeur ». Il pourrait accompagner le projet des jeunes. Mais il ne fait que cela. Il ne peut pas être autre chose. Je crois qu'il y a une limite humaine aux choses.

Vincent Edin : Merci beaucoup et bonne chance pour le pilote.

Nous aimerions savoir ce que Droit Au Savoir pense tout cela ? Et surtout ce qui est fait pour les 16–25 ans.

Madame Marie-Pierre Toubhans, Directrice de Droit au Savoir

Marie-Pierre Toubhans : Bonjour à tous et à toutes. De façon très courte, Droit Au Savoir est un collectif interassociatif dont la FNASEPH est membre. Il vise à promouvoir la poursuite des études pour les jeunes en situation de handicap, des jeunes de plus de 16 ans. On va être sur les problématiques de l'âge de la scolarité obligatoire, ce qui va concerner encore le secondaire, la formation professionnelle, et l'enseignement supérieur dont je vais peut-être pu parler maintenant. Nous sommes passés très rapidement ce matin sur une des problématiques spécifiques liées à l'insertion professionnelle des étudiants situation de handicap. Mais c'est aussi une réflexion- y compris que vous portez par l'intitulé de cette journée - autour de la question, pour un vrai parcours scolaire, l'apprentissage professionnel accompagné selon les besoins de façon efficace et pérenne, je rajouterai, également, universitaire, intégrant l'ensemble des facettes des enseignements supérieurs tels qu'ils existent aujourd'hui. Peut-être 3 éléments rapides parce que je sais que l'heure tourne.

Le premier élément sera sur cette question de parcours qui est le fil conducteur de cette journée. Nous sommes revenus à plusieurs reprises sur des éléments qui ont peut-être été moins abordés mais dont on sent qu'ils sont prégnants est important dans la discussion. Ce sont les moments de rupture. On parlait de cette rupture des 14 – 16, en ouverture de cette table ronde. Nous avons des chiffres plus précis depuis le rapport des inspections qui est sorti en juillet dernier sur la rupture des 15–16 ans. Globalement, ce qu'on dit dans ce rapport, on perd «5400 jeunes» dont on ne sait pas ce qu'ils deviennent Cela ne veut pas dire qu'ils ne font rien, mais ça veut dire qu'on ne le sait pas, c'est un élément important, il y a une rupture entre le secondaire et le supérieur.

Comment construire ensemble ? Et j'insiste sur le mot ensemble. Parce qu'y compris sur ces questions des parcours, ce matin et cet après-midi, le terme qui est peut-être le plus revenu, c'est « les différents partenaires ». Et l'on sent bien la difficulté, le besoin de travail en partenariat, mais également le besoin de travail en inter ministérialité.

Et troisièmement, sur cette question des parcours, à laquelle nous sommes attachés. Les jeunes que nous côtoyons sont des jeunes adultes qui ont des problèmes différents, qui sont à la confluence des problèmes qui sont liés à la jeunesse, au handicap et à l'insertion professionnelle.

2e élément sur lequel je vais rapidement revenir. Je crois que cela a été dit. Il y a des barrières d'âges par exemple la barrière de 20 ans, pour un ensemble d'établissements et de services, ... Une réflexion qui était par ailleurs présente lors des conclusions de la conférence nationale du handicap : comment est-ce qu'on répond en termes de services et d'établissement aux problématiques spécifiques qui sont liées aux plus de 16 ans ? Je reste très attaché au fait qu'on parle des plus de 16 ans et non pas simplement des 16 – 25 ans. Parce que dans toute sa logique de parcours, cela peut être long du fait des études... Et je crois qu'il faut dire aussi, les plus de 16 ans jusqu'à une insertion professionnelle. Je rajouterai, durable.

Pour ce qui est de Droit Au Savoir, nous avons travaillé à modéliser à partir d'un certain nombre d'expériences de terrain qui peuvent exister un projet de SAMSAH étudiants en réponse en l'occurrence aux attentes et aux besoins spécifiques des étudiants. Les rythmes de vie sont également très spécifiques, je vais prendre un exemple caricatural : mettre un étudiant dans un foyer d'accueil médicalisé pour adultes. Cela lui permettra d'avoir une vie étudiante, et cela ne lui permettra pas non plus sans doute de réussir ses études.

3ème élément pour être rapide : sur le parcours d'insertion professionnelle, on a déjà évoqué les actions pour l'emploi des étudiants handicapés ce matin, puis les problématiques spécifiques de complémentarité, de droit commun, de droits spécifiques tels qu'on devait les créer. Ce 3ème point sera plus sur des outils. Des outils que nous mettons à disposition. Je souhaitais aussi en parler partager avec vous cette mise à disposition.

Les jeunes en situation de handicap sont aussi des jeunes mobiles d'un département à un autre, pour suivre leurs études, pour faire un stage, etc. Nous avons donc travaillé pour faciliter la poursuite d'études entre le secondaire et supérieur à une base de données qui est disponible sur notre site Internet.

Et, suivant le département où le jeune souhaite suivre ses études, il va retrouver toutes les données qui lui seront utiles. Aussi bien en termes de services de transport adapté s'il y en a besoin, qu'en termes d'hébergement adapté, de foyers adaptés, les missions handicap des établissements. Et puis l'ensemble des associations auxquels il peut éventuellement faire appel s'il en a besoin. C'est-à-dire qu'avant même d'y aller, il sait ce qu'il va trouver sur place, dans l'idée de faciliter ses mobilités quand elles sont souhaitées.

Vincent Edin : Rassurez-moi, c'est aussi sur le site des ministères ?

Marie-Pierre Toubhans : Non.

Vincent Edin : On pourrait donc le mettre sur le site des ministères ?

Marie-Pierre Toubhans : Il faut aussi se mettre en réseau également, entre les ministères et les associations. Autre élément, comment est-ce que sur les jeunes de première ou de terminale, on commence à voir que l'enseignement supérieur a quelque chose de possible. Que le système est différent du secondaire, et donc de le présenter. Et donc, d'anticiper le plus possible ses transitions qui, comme je le disais tout à l'heure, sont ou peuvent être également des moments de rupture.

Nous avons mené l'an dernier une enquête sur le ressenti et le vécu des conditions de vie et d'études pour les jeunes en situation de handicap de plus de 16 ans. C'était une enquête auto administrée sur Internet, les jeunes handicapés acteurs de leur avenir. A partir d'un questionnaire de quasiment 80 de questions sur des parcours, parcours lycéens, d'étudiants, de jeunes qui avaient arrêté leurs études, ... nous avons essayé le voir quelles étaient leurs attentes et leurs besoins spécifiques dans différents domaines, vie étudiante, des loisirs, la culture, mais aussi tout ce qui va concerner les examens, accompagnement aux actes de la vie quotidienne, sur leur lieu d'études, l'accès au savoir. Nous avons essayé de brosser différents éléments. Nous avons été surpris par un certain nombre de résultats. Nous nous sommes rendus compte que ces jeunes - en tout cas dans le panel des jeunes qui avaient répondu - étaient globalement des jeunes comme les autres. C'est- -dire avec des volontés de mobilité à l'étranger, avec le fait de ne plus habiter chez ses parents, ...

Et je me permettrai juste, pour conclure, un dernier élément, puisque hier, l'assemblée nationale a voté la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche avant qu'elle ne passe au Sénat. Un amendement a été voté concernant le schéma directeur pluriannuel qui était présent dans la charte handicap – université qui parle de la formation des professionnels et les étudiants. Et c'est effectivement une bonne chose et je profite Madame Carrillon-Couvreur que vous soyez là, pour le souligner.

Vincent Edin : Merci beaucoup, et merci d'avoir salué l'arrivée de Martin Carrillon-Couvreur, la présidente du CNCPH. Nous en dirons un mot dans quelques instants. Nous avons pris un peu de retard. Nous pourrons poser quelques-unes dans la salle.

Question dans la salle : Madame Cabouat de la FFDYS : c'est une question à Patrice Fondin pour avoir quelques précisions sur le service exposé.

Comment est-ce que les jeunes et les étudiants rentrent dans ce service ? Si j'ai compris ce n'est pas un service médico-social. Il n'y a donc pas d'orientation de la MDPH. Comment se fait l'acceptation ou la non-acceptation de ces jeunes ? Et une autre question : Monsieur Thomazet disait tout à l'heure qu'on ne pouvait pas être juge et parti. Si je comprends bien, vos chargés de projets font partie du service. Donc ils sont là pour accompagner le jeune, mais aussi pour définir les besoins en accompagnement, que les mêmes services à fournir finalement. N'avez-vous pas l'impression qu'il peut y avoir là un problème de juge et parti ?

Patrice Fondin : Comment est-ce que les jeunes les familles prennent contact avec nous ? Par le bouche-à-oreille. Nous ne faisons aucune communication sur le service. Ensuite, c'est très dépendant. J'ai présenté là une fonction. Je n'ai pas présenté l'association. Nos actions sont très dépendantes des financements que nous avons. Il n'y a pas d'orientation vers notre service. Si ce n'est que les enseignants référents, la MDPH, constatant les résultats de l'accompagnement, nous envoie des familles pour résoudre un certain nombre de difficultés. Concernant l'accès aux études supérieures, le Conseil général nous a autorisés au titre d'un service d'accompagnement à la vie sociale. Nous avons 40 places pour l'accompagnement social renforcé, cette fois par l'orientation de la MDPH.

Par contre, le Conseil général a l'intelligence de considérer qu'on peut apporter des appuis ponctuels à un certain nombre de jeunes sans pour autant qu'il y a une orientation. Un exemple concret : nous sommes basés au cœur des résidences étudiants dans un local mis à disposition par le CROUS, le SAVS permet de résoudre un certain nombre de difficultés, nous n'enverrons pas le jeune vers l'assistante sociale de quartier ou celle de la MDPH, ce qui entraînerait des problèmes de transport entre le campus et les différents lieux.

Concernant la question de l'insertion professionnelle, là non plus, pas orientation. Simplement en travaillant sur le parcours et sur le devenir des jeunes. On se pose la question du projet professionnel et de qu'est-ce qu'on fait à partir de là. Donc, là encore, financement différent. AGEPHIP pour le moment. Nous attendons une prise de relais par les pouvoirs publics depuis septembre 2011. Je ne crois pas à cette solution. Du coup, on va se tourner vers les employeurs pour pouvoir continuer cet accompagnement de parcours vers l'emploi. Je ne peux pas en dire plus pour l'instant.

Il y avait une autre question, sur l'interface entre le référent et sur le fait que nous ayons aussi en interne un 3e service qui est autorisé par le conseil général, au titre de l'aide et de l'accompagnement à domicile, portant un service d'accompagnement des jeunes en situation de handicap sur le temps libre, il se trouve que lorsque c'est un jeune qui se destinait l'éducation nationale, nous faisons l'accompagnement même si ce n'est pas nous qui proposons l'aide humaine. Si c'est par exemple un ingénieur d'étude du CNRS qui, dans le cadre de son parcours, a besoin d'aide humaine, nous sommes dans le cadre du dispositif FIPHFP sur le financement. Donc ce n'est pas nous qui mettons en place ce dispositif-là. Alors, il se trouve effectivement, que pour tout ce qui concerne, l'accès aux loisirs, à l'enseignement supérieur, quand il y a besoin d'aide humaine - lorsqu'on se retrouve sans dispositif - nous sommes bien obligés de le proposer. Mais il se trouve aussi que pour certaines familles on fasse appel à d'autres services d'aide humaine que les nôtres. Un exemple concret, si nous n'avons pas de personnel compétent pour faire des aspirations endo-trachéales dans la logique nous allons essayer de le trouver sur place.

Question dans la salle : Je suis parent, après tout ce que j'ai entendu je m'interroge : des expérimentations, des dispositifs qui sont mis en place c'est bien. Mais pour tel projet il faudrait habiter à Toulouse, et pour un autre il faudrait habiter à Nantes. J'ai entendu que chez vous, dans l'Eure-et-Loir, ce n'était pas mal non plus. Je ne sais pas où il faut que j'aille habiter pour répondre aux besoins multiples de mon enfant. Comment faire pour que partout en France, les parents puissent s'y retrouver et aient le choix du possible ? À qui on doit s'adresser ? Je m'interroge en tant que parent, et puis cela me fait envie, puisque moi, dans mon académie, il n'y a pas tout ça. Je ne sais pas comment je pourrais faire ? Donc, peut-être que Madame la présidente du CNCPH, il y a un chantier ouvert pour qu'on répertorie ces modèles et qu'on les duplique ?

Vincent Edin : Madame Carrillon-Couvreur, est-ce que le CNCPH peut porter ces préoccupations de tous les partenaires et des personnes des associations puisqu'on voit bien que c'est un problème de société. Quelle est la position du CNCPH pour l'appui de cette parole de parents qui souhaiteraient avoir un parcours social et scolaire d'insertion de qualité ?

Madame Martine Carillon-Couvreur, députée de la Nièvre et Présidente du CNCPH

Martine Carrillon-Couvreur : D'abord merci, Madame la présidente de m'accueillir. Mesdames et Messieurs, j'ai essayé d'être présente à la fin de vos travaux. Je m'excuse de n'avoir pas pu les suivre d'une manière plus importante. Je ne quitte pas le sujet puisque je reviens d'une rencontre, entre 12 et 14 heures, qui concernait la création d'un «Handi Club Emploi» qui permette de créer un lieu d'échanges entre les entreprises et les parlementaires qui souhaiteraient faire avancer un certain nombre de sujets sur la question. Nous avons beaucoup évoqué, et je reviendrai dans un instant, peut-être encore quelques exemples qui montrent qu'il y a des choses qui se font. Pour répondre précisément à votre question, je suis effectivement Présidente du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées depuis novembre. C'est récent. Et, au sein de ce conseil, il y a évidemment presque toutes les associations représentées dans tous les secteurs du handicap. Que ce soit pour les enfants ou pour les adultes y compris même pour les personnes vieillissantes, puisque nous avons aussi des situations de personnes handicapées vieillissantes depuis quelques années. Au sein du CNCPH, des associations que je salue, d'ailleurs -parce que j'en ai aperçu quelques-unes qui sont ici - travaillent dans le cadre de commissions sur des thématiques qui sont aussi celles que vous avez traitées aujourd'hui, et, en particulier, les questions de l'éducation, de la formation, et de l'accompagnement à l'insertion professionnelle et à l'emploi. Il y a aussi évidemment une commission qui traite de l'emploi. Ce sont évidemment des sujets qui sont suivis de très près, où, comme vous l'avez rappelé, nous constatons de nombreuses initiatives, dans différentes régions, dans différents départements. Des initiatives qui sont souvent portées par des associations ou des parents qui se sont mobilisés. Parfois aussi des professionnels. Et, nous constatons aussi qu'il faudrait avoir une coordination nationale, une reconnaissance, en tout cas, des initiatives qui marchent le mieux et qui fonctionnent aujourd'hui. Et qu'on essaye, à travers tout ce panel de réussite, de s'y retrouver et de faire en sorte que nous retenions quelques modèles qui permettraient de faire avancer un peu partout ces sujets. Nous n'en sommes encore pas là. Il y a, sur la question de la coordination, dans certaines régions et dans certains départements, parfois des exemples qui montrent qu'on a su se réunir et faire en sorte que les différents acteurs qui ont pu travailler ensemble à un moment donné peuvent porter un projet et ils ont fait reconnaître parfois par les autorités des projets innovants. Mais c'est encore peu le cas. Et, souvent, chacun se démène un peu dans son coin. Et d'ailleurs, si j'ai bien compris ce que vous témoignez les uns et les autres, c'est plutôt de ceux-là que vous parlez. Je crois donc que le CNCPH peut porter à un moment ce message, et faire en sorte de le traduire au niveau national dans de vrais projets. Donc, nous verrons comment nous allons travailler.

Nous allons regarder comment nous allons être entendus par ces questions par les ministères. Il faudra bien sûr, au fur et à mesure que nous avançons à travers la tenue de ces comités interministériels, parce qu'ils doivent se réunir normalement plus souvent. Le CNCPH est très attentif sur la présence des associations, mais également aussi à la présence des syndicats, qui y sont représentées, des organismes qui y sont représentés, des parlementaires, aussi. Et nous avons tous intérêt à porter, une fois que nous avons décidé des travaux et des projets que nous souhaitons faire avancer, nous avons intérêt à nous mobiliser et à porter ces propositions.

Je voudrais également peut-être revenir sur une de choses que j'ai entendues mais qui ont traversé vos débats aujourd'hui.

Sur la question de l'accompagnement dans le cursus des jeunes. C'est une vraie question qui est posée partout aujourd'hui. Il faut très tôt faire en sorte pour les enfants, après des jeunes, qu'il y ait vraiment un souci d'accompagnement de qualité et d'éviter les ruptures auxquelles vous faisiez référence. Parce qu'on voit bien que c'est très compliqué. Lors du déjeuner que nous voulons d'avoir il y a quelques minutes, un jeune témoignait lui-même. Il nous disait que ça a été très difficile au départ parce que l'école considérait, comme souvent, que c'était impossible. Il a fallu la volonté de son directeur qui a permis de repenser l'accueil des étudiants et leur cursus d'études pour pouvoir mettre en place un certain nombre de dispositions qui fonctionnent aujourd'hui y compris, la 3e année, le cursus à l'étranger. Ce qui posait d'autres difficultés. Et tout cela a été rendu possible. Donc, comme le disait très justement un représentant de Sciences-Po quand il y a la volonté, on peut décoller. Encore faut-il que cette volonté soit affirmée. Je crois que sur ces questions-là, il faut que nous soyons tous mobilisés. Je reviens à la question de l'accompagnement, parce que c'est indispensable que sur tout le cursus les jeunes puissent être pris en compte avec leurs besoins. Il faut convaincre. Il faudra encore du temps. Mais il faut convaincre, et les initiatives auxquelles vous faisiez référence nous montrent que cela peut fonctionner. Inspirons-nous de ce qui marche pour convaincre.

La 2e chose sur laquelle je voudrais insister, c'est sur la question des partenariats indispensables. On ne peut pas tout faire tout seul. Il faut ouvrir des espaces et des partenariats, des partenariats qui contribuent à transformer les représentations que nous avons les uns ou les autres ; des partenariats qui font qu'on regroupant les expertises, les réflexions et les volontés, on réussisse à conduire de véritables projets pour faire aboutir un cursus. Voilà quelques mots de ce que je peux vous dire aujourd'hui. Je pense que je lirai vos travaux. Parce qu'il y aura sans doute quelques retranscriptions.

Vincent Edin : Merci beaucoup. Volonté, conviction et partenariats !

Question de la salle : Comment une famille peut-elle arriver à faire signer une convention de stage entre son enfant âgé de plus de 16 ans dégagé de l'obligation scolaire et une entreprise privée ?

Gérard Lefranc : Vous voyez, lorsque vous posez une question comme ça cela demande d'autres questions de la part de l'entreprise. Je pense qu'on n'a pas traité un problème particulier comme celui-là. Voilà les questions que se posent en entreprise. Est-ce que ce jeune est dans le système scolaire ou non ? Non, donc vous savez que c'est très compliqué pour une entreprise de prendre un jeune qui n'est pas dans le système scolaire. Ensuite, il va falloir travailler ensemble sur : de quelle façon est-ce que je peux l'intégrer ? Est-ce que cela va être un CDD ? Une valorisation des acquis ? Il existe des dispositifs. C'est tout cela qu'il faut regarder pour arriver à quelque chose.

Ensuite, il faut faire très attention, que ce ne soit pas un coup comme cela, mais que cela s'inscrit dans une certaine continuité. Dans l'entreprise ou dans une autre parce qu'il y aura une autre chose ou quelque chose en plus. Tout cela, il faut le regarder. Et dans les grandes entreprises, il existe des Missions Handicap qui s'occupent de cela. On peut toujours y avoir accès. On va pouvoir travailler ensemble sur ces cas particuliers.

Le premier conseil est de ne pas rester silencieux dans son coin. De ne pas se dire «je vais viser telle entreprise et je vais y aller à fond». Il y a les préliminaires. Il y a des choses à regarder et puis il y a aussi à connaître et à échanger ensemble. Si vous êtes dans la région parisienne, vous pourrez venir me voir et nous passerons un moment à regarder ce cas. Je n'ai pas forcément la solution mais je pourrais vous informer.

Par contre, je conçois que cela puisse sembler compliqué à partir du moment où l'on sort d'un système de se dire : «je suis sans parachute, comment est-ce que je vais faire ?».

Vincent Edin : Et je crois qu'il va falloir ramener ce jeune vers les études, vers une scolarisation.

sc2Sophie Cluzel : Il y a encore des questions ? Après une rapide conclusion, je voudrais qu'on finisse sur 2 minutes d'un petit film de Basile.

Question de la salle : Ce n'est pas une question, c'est juste une remarque. Je vais essayer de faire court. Je suis responsable d'une Mission Handicap d'une commune, qui peut être aussi un maillon du partenariat. Nous avons évoqué tout à l'heure, de se demander si on parlait du handicap ou pas ...

Parmi mes interlocuteurs, sur les 16–25 ans, la mission locale m'envoie des personnes pour mettre éventuellement en place cette reconnaissance TH. Sauf que pour des raisons diverses, jusqu'à présent cette question ne s'était jamais posée. Parce qu'on avait fait peu attention au fait qu'il y avait un problème, soit on n'a pas pris conscience, soit on préférait ne pas le voir. Quand la mission locale précise mon existence et l'intérêt de me rencontrer, parfois cela prend du temps. Et il faudra encore quelques refus et quelques portes fermées.

Question de la salle : Bonjour. Moi aussi, je suis parent d'une enfant handicapé, et je voulais savoir, au niveau d'ULIS pro, il y a très peu de choix de métier. Il y a des métiers qui n'existent pas en l'ULIS pro en région parisienne, ce sont toujours les mêmes métiers qui sont proposés. Il faut changer de département où le mettre en internat pour pouvoir faire le métier qu'il veut. Deuxièmement, je voulais savoir, pourquoi ne pas faire des ULIS pro dans les EREA ou LEA?

Vincent Edin : Monsieur Poux ?

Gérard Poux : La question de l'enseignement professionnel est aussi la question de la carte des formations. Cette carte n'est jamais à même de répondre à tous les besoins, à tous les métiers partout. Il y a une répartition sur le territoire. Cela vaut pour tous les métiers, pour tous les bacs professionnels. C'est vrai que cela demande un effort supplémentaire pour un jeune handicapé. C'est vrai aussi que l'on est obligé aussi de répartir les choses, sauf si on acquiert une forme de polyvalence. Comme tout à l'heure lorsque je citais Clermont-Ferrand, où l'on se dit que l'on se déconnecte un peu de la formation elle-même vers l'employabilité. Dans d'autres cas, la logique de la formation va l'emporter.

Florence Janssens : Je voulais ajouter juste une petite précision en ce qui concerne la région d'Île-de-France, les élèves peuvent aller aussi dans le champ professionnel qui correspond à leur souhait avec leur projet personnalisé de scolarisation. Toutes leurs formations leur sont ouvertes. C'est vrai que s'ils ont besoin en plus du PPS, d'un enseignement spécialisé de type ULIS, on est sur des champs professionnels plus limités pour le moment.

Peut-être que chaque académie s'organise différemment. Mais les élèves choisissent un champ professionnel. Comme tous les élèves. Il faut un choix d'orientation. Ensuite les élèves passent dans la moulinette d'AFFELNET qui est le logiciel d'affectation. Tous les champs professionnels leur sont accessibles.